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Jean-Luc Tschabold

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Feu bactérien: Recommandations de traitements

La branche semble brûlée
Branche de poirier qui est atteinte du feu bactérien

Le feu bactérien a fait de forts dégâts en 2007. Durant les trois années suivantes, il est très peu apparu. Ce sont les conditions météo défavorables à l’infection durant la floraison ainsi que les mesures de lutte directe et indirecte appliquées de manière rigoureuse qui ont permis ce résultat positif. Mais il faut continuer à accorder l’attention maximale au feu bactérien. Cette bactérie est présente à l’état latent et peut se répandre très rapidement et sur de grandes surfaces si les conditions d’infections étaient favorables.

Combinaison de mesures

Voici le paquet de mesures qui permet de réduire le potentiel de risques :

  • Gestion correcte des autres plantes-hôtes du feu bactérien (contrôle des infections et / ou élimination de ces plantes)
  • Taille hivernale pour éliminer les chancres, les momies de fleurs et de fruits
  • Traitements pré-floraux pour réduire la quantité de bactéries
  • Traitements sur la fleur avec utilisation ciblée de produits en fonction du modèle de prévision
  • Taille immédiate en cas d’attaque fraîche
  • Traitement immédiat après une grêle en été
  • Arrachage d’arbres très atteints ou / et très sensibles
  • Pour les nouvelles plantations, si possible choix de variétés tolérantes ou résistantes.

Même si l’on combine au mieux les mesures évoquées ci-dessus, il n’est pas possible de garantir le plein succès de cette stratégie, en particulier si le potentiel d’infection du feu bactérien est élevé dans le verger ou dans les environs.

Traitements juste avant la floraison

S’il y a eu durant l’année précédente du feu bactérien à proximité du ou dans le verger, il est recommandé d’effectuer un traitement de 2 kg/ha de cuivre du stade gonflement au stade éclatement des bourgeons (51-53 = B-C) pour réduire les bactéries se trouvant sur le bois de l’arbre. Etant donné que la quantité maximale de cuivre autorisée est de 1.5 kg par ha et par an, il faut préalablement disposer d’une autorisation du service phytosanitaire cantonal.

Traitements sur la fleur

Le danger maximal d’infection et de dispersion du feu bactérien a lieu durant la floraison, si les conditions météo favorables à l’infection sont réunies. En arboriculture biologique, la lutte directe a lieu avec les deux produits suivants:

  • Blossom Protect (à base de levures)
  • Myco-Sin (à base d’argile).

Dans les essais, le Blossom Protect a montré une efficacité légèrement supérieure à celle du Myco-Sin. Ce produit à base de levures peut être utilisé aussi bien dans les vergers basse-tige que sur les arbres haute-tige. Les variétés sensibles comme Golden Delicious, Idared ou Pinova peuvent néanmoins réagir au traitement par une roussissure légèrement plus marquée ; voilà pourquoi il faut les traiter au maximum deux fois avec Blossom Protect.

De son côté, le Myco-Sin combiné au soufre mouillable Stulln a également un effet contre la tavelure, l’oïdium et la bactériose (Pseudomonas) ; c’est pourquoi, ce produit doit être utilisé en priorité sur les variétés sensibles à la tavelure et si la pression du feu bactérien est faible.

Si le modèle de prévision indique un risque d’infection, il est également possible de traiter le Blossom Protect au lieu du Myco-Sin un jour avant l’infection potentielle. Si le risque d’infection se maintient durant plusieurs jours, il faut traiter tous les deux jours avec l’un des deux produits.

Les modèles de pronostics RimPro et Maryblight (voir adresses internet ci-dessous) fournissent une aide précieuse pour l’appréciation du risque d’infection par la tavelure et le feu bactérien.

Questions actuelles

Malgré l’amélioration des connaissances disponibles grâce aux travaux de recherche et aux observations des praticiens, par exemple sur la sensibilité des variétés et des porte-greffes, de nombreuses questions sur le feu bactérien et les moyens de lutte restent ouvertes:

  • Des méthodes alternatives comme la chaux éteinte, la tisane de chanvre ou l’homéopathie possèdent-elles une efficacité? Les essais avec la chaux éteinte et les extraits de chanvre se poursuivent en 2011 (voir ci-dessous).
  • Dans les régions touchées, l’abandon de toute forme de taille dans les vergers haute-tige, prônée par certains experts, est-il plus efficace pour garantir la survie des arbres que la taille de rabattage?  Pour répondre à cette question, on compte sur les résultats du programme Interreg „Ensemble contre le feu bactérien“ ainsi que sur des observations et relevés effectués sur de longues durées.
  • Est-ce que la bactérie Pantoea agglomerans atteint l’efficacité des levures contenues dans le Blossom Protect? La bactérie Pantoea agglomerans, homologuée aux Etats-Unis sous le nom Bloomtime, est testée dès 2011 en Suisse dans des essais en plein champ. Aux USA, où beaucoup d’espoirs reposent sur Blossom Protect, l’efficacité de Pantomea agglomerans est jugée comme variable, instable. On s’attend à ce que cette bactérie ait une efficacité de 60 à 80 % (similaire à celle du Blossom Protect).     
  • Est-ce que Pantomea agglomerans peut être homologuée pour l’agriculture biologique? Ce produit n’est pour l’instant utilisé qu’à titre d’essais en Suisse. Ce microorganisme vient d’un autre continent, voilà pourquoi il doit être testé de manière très rigoûreuse. Dès qu’il aura passé avec succès la procédure d’examen dans les différents Offices fédéraux concernés, rien ne devrais s’opposer à ce qu’il soit homologué pour l’agriculture biologique.

Essais pratiques avec la chaux éteinte et un extrait de chanvre

Des alternatives au Blossom Protect et au Myco-Sin sont recherchées, parce que ces deux produits ont une efficacité pratique insuffisante. Dans le cadre d’essais pratiques, la chaux éteinte et un extrait de chanvre ont été testés sur 16 entreprises arboricoles bio en 2009 et 2010. Ces essais n’ont pas permis de tirer des conclusions sûres, car durant ces deux années il n’y a pas vraiment eu de conditions favorables aux infections des fleurs par le feu bactérien. Il n’est donc pas possible de se prononcer sur l’efficacité de ces deux nouveaux produits. Les essais se poursuivent en 2011.


Traitement des arbres haute-tige

La protection des arbres haute-tige pose des difficultés particulières parce que, à cause de la floraison qui dure souvent longtemps et de la grandeur des arbres, il est en pratique très difficile d’appliquer les produits contre le feu bactérien au bon moment sur chaque fleur ouverte. Dans le cas des grands arbres haute-tige, les stades des traitements au «Blossom Protect» sont en effet répartis sur une durée plus longue que dans les vergers commerciaux intensifs. Malgré ces difficultés, nous recommandons tout de même, dans les régions à risques et si la pression infectieuse est forte, de faire aussi dans les vergers haute-tige un traitement avec «Blossom Protect» ou «Mycosin».

Obligation d'annoncer le feu bactérien

Le feu bactérien doit être obligatoirement combattu et annoncé aux services phytosanitaires cantonaux. Cela concerne en particulier la majorité des cantons de Suisse romande et de la Suisse du Nord-ouest. Dans ces régions, il y a encore beaucoup de communes sans feu bactérien, la stratégie d’annonce et d’éradication y est donc toujours d’actualité. Une attention particulière est à accorder au Valais, car ce canton est encore en zone protégée.

Pour en savoir plus :