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Interlocuteur

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Maurice Clerc
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Qu’est-ce qu’une agriculture ayant une influence neutre sur le climat ?

C’est une agriculture qui tend à :

  1. augmenter la quantité de gaz à effet de serre (CO2...) fixée dans l’humus du sol (par une augmentation du taux d’humus);
  2. réduire au minimum ses émissions de gaz à effet de serre (d'une part par le renoncement à l’utilisation d’engrais azotés de synthèse et le recours aux légumineuses comme source de production d’azote, et d'autre part par la réduction de la quantité d'énergie utilisée pour le travail du sol.)

Financement

L’essai de longue durée de Frick est financé par:

  • Fonds Coop pour le développement durable (CH)
  • Office fédéral de l'agriculture OFAG (CH)
  • Sampo Initiative (CH)
  • Software AG Stiftung (DE)
  • Stichting Demeter (NL)
  • Stiftung zur Pflege von Mensch, Mitwelt und Erde (CH)

Le travail réduit du sol en bio

Versuchsparzellen mit gelbreifem Winterweizen
Vue de l’essai de longue durée de Frick /AG en été 2009. A gauche, blé dans le procédé « labour » ; à droite, blé dans le procédé « travail réduit du sol ».
Schälpflung in Form eines 5-Schar Beetpfluges
Charrue déchaumeuse
Kominiertes Hackgerät mit Scheiben, Breitscharen, Gänsefusscharen, Walze und aufgebauter Sämaschine
Cultivateur Ecodyn avec semoir

Dans un essai de longue durée mis en place à Frick /AG en 2002, le rendement moyen des cultures dans le procédé « travail réduit du sol » a été de 113 % par rapport au procédé « labour », ceci pour les années 2003 à 2009. En bio, le renoncement au labour exige parfois le recours à des solutions originales pour mettre en place les différentes cultures.

L’agriculture bio (avec labour) consomme, par kg de produits récoltés, environ 20 % d’énergie en moins que l’agriculture non bio. Ce résultat est du entre autres au fait que l’agriculture biologique n’utilise pas d’engrais azotés de synthèse, dont la fabrication est très gourmande en énergie. Mais cela ne suffit pas à faire de l’agriculture bio un mode de production ayant une influence neutre sur le climat (voir définition au bas du texte). D’autres progrès doivent donc être effectués pour arriver à cette neutralité. Une des possibilités est de recourir au travail réduit du sol en combinaison avec une augmentation de l’auto-production d’azote grâce aux légumineuses (voir plus loin). De nombreux agriculteurs bio font œuvre de précurseurs dans ce domaine. La recherche agronomique fait sa part avec la mise en place d’essais exacts et pratiques.

Dans l’essai mis en place en 2002 à Frick, sur un sol très lourd (45 % d’argile), le travail réduit du sol a provoqué une augmentation de la teneur en humus de 17 % en 6 ans ainsi qu’une amélioration de la structure du sol. Par contre, la pression des adventices a quelque peu augmenté, provoquant une augmentation du travail manuel de désherbage (arrachage des chardons, ...). Toutefois cette augmentation d’adventices n’a pas eu d’influence majeure sur le rendement, puisque ce dernier a plutôt eu tendance à être supérieur à celui du procédé « labour» (voir tableau). Le changement déterminant apporté aux techniques culturales fut la mise en place du maïs en rompue de la manière suivante :

  • au début de l’automne, en conditions sèches, décapage de la prairie temporaire avec une charrue déchaumeuse (voir photo), ne travaillant qu’à maximum 10 cm de profondeur;
  • en octobre, semis d’un pois fourrager hivernant capable de fabriquer beaucoup d’azote pour la culture suivante;
  • au début de mai, broyage du pois, travail superficiel du sol et mise en place du maïs. En année normale, le pois fourrager apporte à lui tout seul assez d’azote pour le maïs.

De 2002 à 2009, uniquement deux interventions ont été effectuées avec un chisel à dents étroites et travaillant à 15 cm de profondeur. Tous les autres travaux de nettoyage du sol ont été effectués avec des cultivateurs munis de pattes d’oie coupant toute la surface du sol (par exemple l’Ecodyn, voir photo) et travaillant à max. 10 cm de profondeur.

Les résultats positifs de l’essai de Frick sont conditionnés par le fait que la rotation culturale comprend 33 % de prairie temporaire (= 2 ans sur 6). Rappelons que pour le label bourgeon de Bio Suisse, il est exigé une proportion d’au moins 20 % de prairie temporaire dans la rotation culturale (ou d’au moins 10 % à certaines conditions), même sur un domaine sans bétail.

D’autres essais ont été mis en place dès 2009 pour continuer de développer le travail réduit du sol dans d’autres situations (sols, climats...). En particulier, il s’agira de tester cette technique sur des rotations culturales comprenant des pommes de terre, des betteraves ou des légumes à racines, pour vérifier s’il est possible d’obtenir des résultats performants comme à Frick.

Nous encourageons les agriculteurs travaillant sans herbicides à se lancer dans le travail réduit du sol, mais sans précipitation et sans prendre de risques démesurés. Commencez par les situations avec peu de risques (par ex : semis de l’orge après le blé ; ou avec des cultures très concurrentielles face aux adventices ; sur parcelles très « propres » ; ...). Allez-y progressivement, d’abord sur de petites surfaces ou sur des bandes de travail réduit dans des champs encore labourés. En présence d’adventices vivaces, les machines à pattes d’oie effectuent un meilleur travail que les herses à disque. Il faut espérer que le parc de machines disponible chez les agriculteurs, collectivement ou chez les entrepreneurs de travaux pour tiers, se diversifie rapidement afin de répondre à toutes les situations.

Auteurs:
Maurice Clerc, Paul Mäder et Alfred Berner, FiBL

Essai de longue durée de Frick: rendements de matière sèche

Culture

Blé d' automne

Tournesol

Epautre

Prairie temp.

Prairie temp.

Maïs

Blé d' automne

Moyenne

Sorte
(Spézifikation)

Titlis

Sanluca

Ostro
(décortique)

(plante entière)

Titlis





Année

2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

Labour (dt/ha)

51.8

31.9

24.3

75.1

77.9

122.7

34.2

Travail réduit (dt/ha)

44.3

33.3

22.3

96.6

96.0

164.8

41.7

Différence en comparaison du labour

- 14 %

+ 4 %

- 8 %

+ 29 %

+ 23 %

+ 34 %

+ 22 %

+ 13 %